vendredi, février 24, 2006

Playlist ? Playlist ? Moi j'appelle ça une compil ! Et la compil c'est 20% du Chiffre d'affaire !

Cet éclair de lucidité on le doit à Pascal Nègre, Pédégé du groupe Universal Music france. J'ai pêcho ça dans une réunion entre intimes de la music buzness organisée par la FNAC. Il s'agissait pour le vendeur de CD de convaincre les principaux labels et maisons de disques de l'efficacité de son site de vente de musique en ligne qui allait devenir "Fnacmusic.com".

L'ambiance était chaude, on était pourtant en janvier de l'année 2004, et déjà toute l'assistance faisait la gueule. Depuis ils ont pas rebandé d'ailleurs. Les statistiques présentées par la Fnac ce jour là pour déprimer encore plus son auditoire étaient catastrophétiques (un concentré de catastrophique et de prophétique, j'ai droit c'est mon blog!). Sur les graphiques une ligne rouge qui descendait de la gauche vers la droite, les ventes de cédés, une autre ligne, bleu celle-là,qui montait dans le même sens, les abonnements au haut débit sur internet. Et les mecs en face ils étaient verts et devaient sérieusement se dire qu'une petite ligne blanche, même le matin,ça aurait été une bonne idée suivant l'habitude du milieu.

Le Pascal, les coudes sur le dossier du siège d'en face, avait la tête dans les mains. Ils avaient beau lui expliquer que dans le même temps les chiffres de vente des DVD avait explosés et qu'il s'agissait plus d'un report de la consommation sur d'autres produits y avait rien à faire. Que c'était la fin des haricots et que tous y faisaient qu'à faire chier avec leur internet de merde.

La présentation du site aborde la question du prix de vente des chansons en Mp3 des artistes déjà présent dans les bacs du disquaire. Le projet de la Fnac à l'époque était d'aider les clients à télécharger eux même leurs albums à l'aide d'ordinateurs en libre accès dans les points de vente. Le prix suggéré de 10 euros l'album était inspiré par les expériences prometteuses de sites du même type déjà en activité aux Etas-Unis.

Le gars Pascal il a failli avaler son Havanne et la bouche un peut pleine a réussit a éructer : "Attend ! Le mec qui se pointe pour achetez le dernier U2 à 15 euros, il voit le même album sur l'ordinateur à 10 euros il va pas acheter le disque à 15 euros ! C'est n'importe quoi !"

Le patron de la Fnac il lui a fait :" Pascal, Pascal faut que tu comprennes gna,gna, gna..." Ils étaient tout gentil avec lui le pauvre. Évidemment il lui a pas dit qu'il s'agissait là de faire payer des gens qui déjà à cette époque pouvaient avoir toute la musique qu'ils voulaient pour gratos, peaux de zob, big nothing, miette de crotte, néant total force 10 mille. Ca lui aurait foutu un peut la honte et se serai cassé, son imper sur les épaules, dans sa grosse caisse noire avec chauffeur qui l'attendait garée en double file devant la porte. Pour un peut on aurait dit un gros con du show business.

La réunion se poursuivit laborieusement avec projection du site depuis le portable sur le grand écran de l'auditorium. Ca devenait de plus en plus pénible pour Monsieur Nègre. Un cadre de la Fnac, lunettes aux montures épaisses, look inrock (ils avaient tous cette tête là, j'étais dans une version bobo du Spinal tap) cliquait nonchalamment à droite et à gauche de manière à déclencher les merdes tubiques du moment avec un gros son pour prouver que son site au look plus que merdique (et ça a pas changé depuis) permettait quand même de bien s'exploser les HP du pc. "Tu vois coco c'est jeune, c'est rock'n roll, c'est comme un juke box. Les queums y vont mixer leur mère avec Fnacmusic.com."

Le but était de présenter à tout ces dinosaures à quoi pouvait ressembler le futur de leur métier. Pour la Fnac, obtenir l'assentiment de l'ensemble de la profession de la production musicale était essentiel. Comment internet allait t'il devenir pour eux une nouvelle machine à biftons ? l'accent était donc mis sur la fonctionnalité et la convivialité du bidule. Parmi les petits gadgets sensés renforcer l'interactivité entre Fnacmusic.com et l'internaute, l'intervenant insista sur la fonction "Playlist" avec laquelle chaque clients, titulaire d'un compte, pouvait faire écouter à ses petits copains internautes, une sélection de ses mp3 préférés achetés sur le site.

C'est là que notre ami Pascal, suite à une à une mauvaise jonction neuronale, se mit à beugler le fameux : "Playlist ? Playlist ? Mais je la connais votre playlist là ! Nous on appelle ça une "COMPIL" et la "COMPIL" c'est 20 % de notre chiffre d'affaire ! Ca va pas la tête !"

Ils ont du mettre encore une heure à le calmer et j'ai du me reconcentrer à nouveaux sur ma collection de boulettes en crottes de nez que j'avais entamé plus tôt dans ma régie. Autant vous dire que ce jour là j'ai pas entendu parler beaucoup des droits d'auteur et de tout ces pôv artistes qu'allaient se faire dépouiller. Ca c'est un débat pour les plateaux télé. En tout cas je m'étais déjà dit à l'époque que les mecs étaient largués total.

Ils ont pas raccroché les wagons depuis.


...


8 Comments:

At février 26, 2006 12:55 AM, Anonymous rocky said...

Chuis allé voir le site de la FNAC. Y'a vraiment des gens qui payent 0,99€ pour télécharger une daube de Diam's ou de Madonna qu'ils peuvent avoir gratuit sur la mule, avec tout le reste de l'album en prime ?
J'ai quand même du mal à y croire.

 
At février 26, 2006 1:30 AM, Anonymous Le Monolecte said...

Un témoignage éclairant!
Ayant aussi été teckos, je confirme qu c'est le meilleur poste pour voir et entendre des trucs intéressants! ;-)

 
At février 26, 2006 8:53 AM, Anonymous mathieu pastet said...

Bonjour.
Amusant cet article.
Il y a par contre une chose sur laquelle je m'interroge.
Pourquoi ne met on le doigt que sur les travers des grosses majors. Alors qu'il regne le même nepotisme et la même fermeture d'esprit chez les petits labels et autres boites de prods indé.
Parce que la (enfin, la et ailleurs,) on pourrait avoir l'impression que ce genre de comportement n'existe que chez Universal et autre Virgin.
Mais non.
En verite, c'est un comportement qui depasse largement le cadre des grosses majors.
Pourquoi n'en parle t'on jamais, pourquoi ce n'est jamais denoncé ?
Bon, je ne vais pas me plaindre, à partir du moment ou la moitié du probleme est evoque, c'est deja pas si mal.
Mais quand même

 
At février 26, 2006 10:21 AM, Blogger el ryu said...

Tu as tout à fait raison. D'ailleurs de nombreux labels indépendants partagent le point de vue des grosses majors sur la dadvis. Mais si tu as une anecdote sympa sur ces derniers te gènes pas. Parmi ceux qui se plaignent de mes posts trop long personne n'a encore pensé à me pourrir la vie avec des commentaires trop longs !

 
At février 26, 2006 3:41 PM, Anonymous Anonyme said...

Bonjour.
Oui, j'ai vu ca aussi.
Parmi ceux ou celles qui se plaignent des posts trop longs, tu es sur que les mêmes ne se plaindraient de la même facon s'ils etaient trops courts ?
Non parce que ...
Maintenant, en ce qui concerne la longueur, je crois à la reflexion detenir la solution pour lutter contre les telechargements intempestifs qui ruinent l'industrie du disque.
Laisser de coté les 3 minutes reglementaires des chansons pour ce tourner vers des formats plus longs.
Un bon morceaux de 40 ou 50 minutes, ca devrait calmer les ardeurs chez les telechargeurs.
Pas d'anecdote malheureusement, ou du moins, rien qui puissent être conter de facon aussi drole ou alors, je te laisse reformuler)
J'arrive pas à retaper mon nom, me voila donc devenu anonyme

 
At février 26, 2006 11:51 PM, Anonymous Anonyme said...

Heho El Ryu,
Ca fait quelque temps que je me pête la tronche sur tes articles :)
Alors saches que si tu prends ton temps pour les rédiger (ces "longs" articles), et bien je prends aussi mon temps pour les lire, jusqu'au bout et avec plaisir.
Tcho

 
At février 28, 2006 10:10 PM, Anonymous Anonyme said...

Nous aussi on aime bien tes posts, le Clem vu d'inside restera un monument ! Le marrant dans l'histoire d'aujourd'hui, c'est qu'il se passe la même chose dans l'édition. Pourtant, c'est toujours eux qui partent aux antipodes et nous qu'on trime.
Bon courage, continue !
En.marge
http://en.marge.free.fr

 
At mars 16, 2006 10:05 PM, Anonymous Anonyme said...

Je suis carrément fan aussi. J'envisage de te sponsoriser un correcteur informatique :)

pX (http://halluci.net)

 

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