dimanche, février 05, 2006

Monsieur "Mieux que rien."

Un inspecteur du travail militant socialiste, Gérard Filoche, viens de publier plusieurs écris sur le web théorisant sur le fait que, selon lui, le gouvernement de Galouzo de Villepin ne cherche qu' à freiner la baisse du chômage. Non je ne me suis pas trompé j'ai bien dit la baisse.

Je vois déjà la gueule de certains. "Ouais c'est débile encore la théorie du complot à deux balles si typique de l'extrême gauche et de l'extrême droite ! C'est n'importe quoi." Et c'est vrai que c'est un peut dur à avaler. Dans l'imaginaire collectif l'homme politique est un peut menteur, un peut tricheur mais de là à l'imaginer Manichéen au point de nuire sciemment à ses citoyens...

Moi c'est ce que je me suis dit en tout cas. Mais tout bien réfléchit c'est complètement logique.

Le problème aujourd'hui pour les grands patrons c'est que le chômage va baisser. Mécaniquement.
Grâce aux départs en retraites des baby-boomeurs. Imagine. Les mecs depuis plus de vingt ans ils se sont accommodé d'un taux de chômage à 10 pour cent. Toute leur politique industrielle et commerciale est construite autour d'une certaine situation du marché de l'emploi. A force on s'en rend plus compte mais ce nombre (officiel!) absolument dingo de plus de 3 millions de personnes sans activité conditionne fortement les rapports sociaux. Les patrons se sont habitué à cet état de fait et ont appris à en profiter.

Je sais pas si vous vous souvenez mais il y a eu ces dernières années une époque absolument incroyable ou on parlait du retour du plein emploi. C'était en 1999-2000, sous le gouvernement Jospin à l'occasion d'une baisse sensible du nombre de chômeurs. On arrivait presque à 2,5 millions de chômeurs ! Un délire. C'est d'ailleurs ce que pensait le Medef dont le président exigeait du gouvernement qu'il régularise sans tarder le maximum de sans papiers afin de palier aux situations de pénuries de main d'oeuvre qui commençaient à apparaître dans certains secteurs d'activité. Je me souviens de ce matin là, en entendant ça à la radio j'ai failli tomber de ma chaise.

T'imagine ! 2,5 millions et déjà le patronat panique. Si on revient à 150 000 chômeurs comme à la fin des années 60, on va multiplier par dix le nombre des charters de maliens mais dans le sens Bamako-Paris. Les patrons se battront pour nous avoir. C'est eux qui proposeront les 35 heures et même les 30 heures hebdo pour qu'on viennent travailler. Ils nous garderont les gosses, s'arrangeront pour nous faire des petits horaires sympas qui nous permettront d'être tôt à la maison et de pas bosser le week-end. Ils seront sans cesse derrière notre dos pour par qu'on se blesse, s'inquièteront de pas trop nous stresser, nous surmener. Ce qui est rare est précieux.

On dirai de la science-fiction. En tout cas pour tout ceux nés depuis les années 60. On ne se rend plus compte. Tellement habitué à sucer pour bosser. A faire des belles lettres bien écrites sans fautes d'orthographes, ou on se prend la tête sur le fait qu'il vaut mieux dire ça comme ça ou comme ça ou plutôt pas le dire parce que ça fait mieux, et keskeujmai dans mon cévé ? Que j'ai un bac plus 5 ou plutôt que je suis con comme un balai et que c'est pas moi qui va faire chier. Essayer de persuader un mec que t'es super motivé de la mort pour ce boulot de merde que jamais de ta vie t'aurai pensé faire, que ta vie en dépend, juste parce que de toute façon y a rien d'autre. Tu finis par croire que tu vaux rien. Ca fait des millions de gens qui se prennent gentille ment pour de la merde. Et des salariés qui se prennent aussi pour de la merde d'ailleurs. Ils sont près à s'allonger sur le parking de l'usine tout les matins pour faire marche pied à la Safrane du patron. Le moindre collègue de travail est perçu comme un ennemi potentiellement capable de te chouraver ta place de merde à laquelle tu tiens comme à ta couille gauche.

Tout ça pour qu'en plus des patrons viennent te suriner que la valeur travail se perd ! Ils ont jamais eu de salariés aussi docile qu'aujourd'hui, aussi lécheurs de cul, prêt à faire des heures sup non payées, à porter des sappes trop nazes avec des casquettes etc...etc...et après le mec il vient te dire que ses salariés sont des feignants, qu'ils ont pas les bonnes valeurs. Pour te dire comment ils sont cons. Qu'on en fera jamais assez pour eux. Et dans leur logique, le retour au plein emploi est une véritable catastrophe.

Cette situation doit être évitée. Et tout d'un coup ( TATATAAA!!!) je m'explique plus facilement toutes ces décisions qui sont en contradiction flagrante avec la situation de l'emploi. Comme par exemple assouplir les conditions pour les heures supplémentaires, favoriser la poursuite d'une activité professionnelle après 60 ans et pour finir faciliter les licenciements. Toutes ces mesures sont en contradictions flagrante avec l'objectif que est censé être de faire baisser le chômage. Par exemple expliquer que faciliter les licenciements fera augmenter les embauches est un truc de tordu. Se serait dire à un type qu'il doit se couper la jambe parce qu'il boite. Je dit pas que ça arrive pas (là je parle plus des boiteux...) . Forcément, parfois, des patrons n'embauchent pas parce qu'ils ont peur de pas pouvoir payer le salarié sur le long terme (parce qu'ils sont sur des marchés saisonniers, des produits et des services nouveaux, que la conjoncture est mauvaise, etc...) Encore faudrait il savoir exactement dans quelle proportion, mais là encore aucun chiffres. Mais je suis désolé un patron qui a peur c'est pas un bon patron. Un patron qui a peur de l'avenir faut qu'il change de métier. Personne lui a demandé d'être patron. Il y a assez de patrons. (Et même trop ! trop d'entreprise en France parait il). Si certain on perdu le sens de la valeur travail il y en a d'autre qui on perdu l'amour du risque et des valeurs entreprenariales. Z'ont qu'à faire fonctionnaire ces patrons craintifs. Non là on nous prend vraiment pour des cons.

Le truc il marche comme ça. Le politique sait en gros qu'on le jugera pas sur les actes mais sur les intentions. Comme personne y comprend que dalle de toute façon... Je fait tout pour que le chômage ne baisse pas en faisant croire que je fait tout pour qu'il baisse. Et pour finir je magouille les chiffres pour qu'on croit que ça marche. C'est comme pour le déficit. Je baisse les impôts pour augmenter le déficit, je dit qu' il y a trop de déficit, et hop du coup je baisse les dépenses de l'état, pour pouvoir encore baisser le impôts. Plus c'est gros plus ça passe. On joue sur des trucs moraux à deux balles, comme par exemple le fait que les gens dépensiers sont mal vu, et qu'un état dépensier c'est mal. Non sans blagues le niveau du débat des fois t'as peur.

Et moi franchement je préfère penser que ces hommes politiques ont un objectif clair et logique par rapport à leurs actes. Ils pensent que faciliter la vie des entreprises fera fatalement le bonheur de tous au final. C'est comme ça. Ont peut tout à fait respecter cette manière de voir les choses. Donc tout les moyens sont bons. Le problèmes c'est qu'ils finissent par oublier le but du truc. Le bonheur des gens. Et que seul compte les moyens. Les inégalités sociales sont insupportables à certains. Elles nous empêches de nous sentir complètement à l'aise dans cette société d'abondance. Mais elle sont justifiées par la manière dont fonctionne le système. C'est considéré comme un moindre mal. D'où l'argument qu'on entend pas mal en ce moment pour faire passer le CPE du "c'est mieux que rien, vaut mieux un contrat de travail de merde que rien du tout". Après monsieur "plus" c'est monsieur "Mieux que rien". la politique se résume à ça. Le smig est bas ? en chine c'est pire etc, etc...

On observe le même comportement vis à vis de la colonisation par exemple. Dire qu'il a des cotés positifs à la colonisation c'est reconnaître qu'il y a eu des actes barbares de commis mais qu'il sont a remettre dans la perspective d'un plus grand confort de vie apporté de manière générale aux populations colonisées. Progrès médicaux, éducations, infrastructures sont ceux qui sont le plus fréquemment cités. C'est un peut dire "On les a traités comme de la merde mais aux bout du compte ils sont quand même gagnants. Alors de quoi ils se plaignent ?" Mais il s'agit là uniquement de se donner bonne conscience. Difficile d'accepter le fait qu'on l'on vive dans un pays enrichit, et qui s'enrichit encore, grâce aux exactions abominables de l'état français outre mer et dans l'appauvrissement absolu de ces régions du monde. Et dans des cas de conscience comme celui là il se produit un phénomène très fréquent chez l'homme : Le cerveau refuse de fonctionner rationnellement.

Parce qu'enfin merde il est jamais venu à l'esprit de ces gens qu'on aurait peut être pu apporter aux populations d'Afrique et d'Asie tout les bienfaits de la médecine moderne, du progrès technique et de l'éducation scolaire sans les massacrer et leur confisquer leurs terres pour autant. J'suis sur qu'ils auraient été d'accord. "Ah non mon gars tes médicaments j'en veux pas, faudra me passer sur le corps pour me les fourguer , je préfère mourir avec nos bonnes vieilles maladies ont est habitués tu comprends." Difficile à croire et difficile d'admettre que les bienfaits de la colonisation ça a été pour notre gueule uniquement.

C'est aujourd'hui le seul raisonnement possible pour un patron ou pour un libéral tendance économie de marché je t'aime, je t'adore, fait moi bander encore. Mon truc pour faire augmenter les profits c'est la compression des frais de personnels. Parmi des tas d'autres trucs. Mais celui là à l'avantage d'être simple contrairement à l'innovation, la création de nouveaux services et produits, la gestion efficace, la détection des marchés porteurs, un service commercial réellement compétent, la remise en cause des méthodes de productions, la lutte contre le gaspillage, la maximisation de l'utilisation de toutes les compétences humaines présentent au sein de l'entreprise, la lutte contre le favoritisme et les passe droits improductifs, etc,etc... On tente donc par tout les moyens de profiter toujours plus du salarié, (qui sinon finirait par s'ennuyer le pauvre), ce qui a pour effet de dégrader ses conditions de travails, ce qui ne manquera pas de provoquer un sentiment de révolte qui se doit d'être tempéré par des lois du travail plus favorable aux patrons et par un certain nombre de gens aux chômages faisant pression sur le salarié déjà content d'avoir un boulot.

Et comme c'est un peut nul on se donne bonne conscience en se disant que c'est pour leur bien. D'où le discours sur la valeur travail, la culpabilisation etc... Il s'agit pour les patrons de gagner sur tout les tableaux. Des salariées de moins en moins cher et une politique fiscale de moins en moins redistributives. Et c'est normal c'est des patrons qui courent après le pognon. Difficile de leur demander de se comporter autrement.

Faut pas prendre Villepin pour un con. Il sait bien qu'on lutte pas contre le chômage en facilitant le licenciement. Par contre il sait qu'un salarié trouillard en vaux deux. Pour lui la paix sociale est à ce prix et le pays ainsi contrôlé plus conforme à l'idée qu'il se fait de notre société.


9 Comments:

At février 05, 2006 8:06 PM, Anonymous Anonyme said...

Bien envoyé !! Suis d'accord sur toute la ligne…
Bonne continuation cher ami.

 
At février 06, 2006 9:50 AM, Anonymous Le Monolecte said...

Pire que tout ce que tu imagines : ils savent qu'ils nous prenne pour des cons. En témoigne le NAIRU, qui optimise le nombre de chômeur pour être sûr que l'inflation ne dérape pas : http://lenairu.blogspot.com/

 
At février 06, 2006 10:43 AM, Anonymous hanna stasie said...

C'est vieux comme le libéralisme : tout le monde sait que le fort taux de chomage bénéficie aux patrons (ptression sur les salaires).
1) il y a quand même un béméol : moins de chomage = moins de charges pour les entreprises (donc, plus dé bénéfices)
2) Villepin n'est pas du côté des patrons. Il travaille pour sa pomme (une baisse substentielle du chomage le propulserait à Matignon), et pour les riches (il ne faut pas confondre les patrons et les rentiers).

allez, sans rancune

 
At février 12, 2006 9:38 PM, Anonymous tatayoyo said...

Salut , au début du post j'ai cru que tu faisais du collé-copié de M Godet, sans blague il a dit la même chose dans l'émission "C'est dans l'air" il n'y a pas si longtemps. Bon la fin j'ai un décroché, trop long ton truc et un foutoir d'idées pas possible. Ecris moins long et plus souvent c'est plus sympa pour les lecteurs. Au plaisir de te lire.

 
At février 17, 2006 2:42 PM, Anonymous furoshiki said...

bonjour,
damned de fichtre qu'est ce que ça fait du bien de lire vos textes! (j'ai trouvé votre adresse sur le BigBangBlog...vous devriez y mettre un peu de votre grain de sel (sable?))
merci encore!

 
At février 19, 2006 11:45 AM, Anonymous Anonyme said...

Donc, on nous aurait menti?

 
At avril 05, 2006 4:48 PM, Anonymous Anonyme said...

J'ai rien d'autre à dire que ça : Moi je trouve pas ça trop long. Ah et aussi que "un peu" s'écrit sans "t" (2 fois dans le txt, vers le début) mais c'est par réflèxe. pX

 
At avril 09, 2006 9:25 PM, Anonymous Anonyme said...

"C'est vieux comme le libéralisme : tout le monde sait que le fort taux de chomage bénéficie aux patrons (pression sur les salaires)."

Ah bon, tout le monde le sait? Excusez moi de faire remarquer que non justement, tout le monde ne le sait pas. Etant l'auteur du blog cité ci-dessus (http://lenairu.blogspot.com) et ayant un certain recul sur ce sujet et sur la manière dont les gens réagissent quand ils en entendent parler, il se trouve qu'il y a en gros deux types de réactions:

- ceux qui disent "j'y crois pas. c'est pas possible". Ceux là reviennent souvent après coup après avoir lu, s'être documenté, bref s'être réellement forgé une opinion.Et ayant du coup des arguments et des sources... partageables.

- et puis il y a ceux qui jouent les blasés (ou qui le sont?), ou encore les "sachants" et disent: "le chômage utile/voulu? ben ouais, c'est évident, c'est vieux comme le capitalisme, etc." Vrai sans doute, mais après on fait quoi de cela? Y'a t-il une argumentation derrière, des éléments aptes à expliquer à d'autres, qui eux ne sont peut-être pas "aussi au courant" que vous?

Bien sûr c'est tout le sens de me travail sur ces sites: éclaircir, expliquer, partager. Dans le détail.

Guillaume de Baskerville

PS: et donc pour ceux qui, "non, ne sauraient pas", quelques pistes:

http://lenairu.free.fr
http://linflation.free.fr

et le site qui élargit la compréhension du sens de tout cela dans le capitalisme financier actuel:

http://linflation.free.fr

Certes, tout le monde sait que l'"indice des prix à la consommation", utilisé soi-disant pour évaluer l'inflation, prend en compte le poste "logement, eau, gaz, électricité" à hauteur de... 13,4% des dépenses supposées des ménages! N'est-il point?

 
At avril 13, 2006 3:35 PM, Anonymous Anonyme said...

seriner : répéter continuellement quelquechose, ça vient du serin, un petit oiseau

suriner : planter quelqu'un d'un coup de surin, un genre de poignard en argot

ceci dit le patron qui surine, c'est une belle image

ce n'est pas l'orthographe, c'est le sens qui est important

 

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