samedi, mars 04, 2006

Politically correct, le flingue qui tire à l'envers.

L'accusation d'être "politicaly correct" lancée dès que l'occasion se présente, comme si on voulait t'épiler le nez avec un tractopelle, a le don de m'énerver au point de manger mon slip. Parmi tout les arguments préfabriqués de la pensée estampillée "Bons sens bien de chez nous" celui ci s'impose comme le vainqueur toute catégorie.

Et d'où ça nous viens ce truc à la con ? Des États-Unis, évidemment. Comme si chez nous on avait pas ce qu'il fallait. Le concept est simple : tu dis pas "aveugle" mais non voyant, tu dis pas "sourd" mais "mal entendant", tu dis pas "handicapé" mais " personne a mobilité réduite" etc,etc. Tout le monde comprend le principe et la justification du truc. Faut pas choquer, faut pas blesser, les mots sont méchants, insultants. La vérité peut faire mal.

Par exemple ma femme me dit toujours que je suis aveugle alors que j'ai une très bonne vue. Je pourrais lui rétorquer que c'est normal que je trouve pas mon pyjama parce que c'est elle qui l'a rangé et que si je me met à ranger les trucs elle trouvera plus rien non plus. T'imagine pas un seul instant ma femme me dire :
"Mais tu trouve jamais rien t'es non voyant!"
Parce que justement je ne suis pas un "non voyant". Ainsi la volonté qu'elle aurait de ne pas heurter ma sensibilité n'a pas de sens. Et si j'étais vraiment "non voyant" et que je trouve pas mon pyjama parce qu'elle l'a rangé à un endroit où il ne me viendrai pas à l'idée de le mettre ce serai quand même une sacré salope. Déjà même ce genre de truc quand t'as une vue normale c'est gavant ! Bon, donc, quand elle dit que je suis aveugle en fait elle m'insulte !

Le mot signifiant l'handicap devient une insulte. C'est pourquoi certains ont pensé qu'il n'était pas judicieux d'utiliser ce mot pour des gens déjà atteint d'un handicap et qu'il ne fallait pas en plus insulter. Ouais c'est tordu. A priori ça tiens pas la route deux minutes. Du coup l'expression "politically correct" ou "politiquement correct" est devenu le symbole de tout raisonnement tordu influencé par ce qu'on va appeler une sorte de compassion mal placé et la crainte d'appeler un chat un chat.

En clair, et je pense que tout le monde l'as bien compris, quand on te dit que tu es politiquement correct on te traite de gros hypocrite ou de niais, ça dépend du contexte. L'expression est toujours utilisée dans un cadre bien précis.

Si tu dis par exemple que les patrons sont, contrairement à ce que l'on pense, des gens biens qui n'ont que pour unique soucis le bonheur de leurs salariés, personne va te dire que tu fais du politiquement correct.

Pourquoi ?

Parce qu'il est évident que tu ne dis pas ça par compassion ou que tu adopte une posture morale. Personne ne peux avoir pitié d'un patron sensé être à une place enviable ou tout du moins être à la place qu'il a souhaité avoir. On ne peux pas non plus te reprocher une sorte de "bienpensence"(là j'invente un mot, ne l'utilise pas dans une rédac), autre qualificatif à la mode en ce moment. Cette accusation est réservée uniquement aux idées sensés défendre des "victimes".

Par exemple, si tu dis que contrairement à ce que tout le monde pense les Arabes ne sont pas plus voleurs que n'importe qui d'autre là tu es à fond dans le concept du "politicaly correct". En tout cas il y a de grandes chances pour que quelqu'un te le dise, ça dépend aussi qui tu fréquente. Surtout, on va t'accuser d'exprimer cette idée juste pour te valoriser. Pour te donner une posture morale. "Ouah l'autre ! De l'humanisme ! N'importe quoi !"

J'ai une image qui me viens à l'esprit c'est le Capitaine Haddock. Je sais pas si t'as lu mais dans un album il lorgne une bouteille de whisky alors qu'il a promis de ne plus boire. Apparaissent alors sa bonne et sa mauvaise conscience sous la forme de sa propre image en ange ou en démon. Tu te souviens ? D'un côté il y a l'ange tout naze qui lui dit de pas boire et de l'autre la version heavy-métal avec les cornes et la queue fourchue qui le pousse à s'envoyer un godet. Et bien c'est un peut près le niveaux de psychologisme à deux balles défendu par les procureurs de l'abus de correction politique. Ils s'imaginent êtres dans une sorte de côté obscure de la pensée comme Dark-Vador l'est au niveau de la force. Et de ce côté là c'est bien plus sympa. Plus sulfureux ! Attention mon gaillard, nous on se laisse pas attendrir comme des Chamalots ! On est les Guy-La-Fronde de la pensée ! On se laisse pas influencer par des concepts anesthésiants niveau catéchisme. On a pas peur de rien !

Le pire c'est qu'ils s'imaginent êtres progressistes et modernes en défendant des idées complètement réactionnaires. Le concept du "politiquement correct" leur permettant d' attribuer un statut intellectuel décalé à leurs analyses sociologiques et politiques qui souvent apportent autant au débat que les pets de teckels à l'équilibre climatique.

Moi en tout cas la première fois qu'on me l'a sorti j'suis resté con. Je ne sais plus de quel sujet il s'agissait mais franchement je savais pas quoi répondre. Ca me semblait tellement con ! Et pourtant je ne savais pas vraiment pourquoi c'était con. C'est un peut pourquoi j'écris ce post; Je sais que c'est con, ça me viendrai pas à l'idée d'utiliser ce genre d'argument, et pourtant quand tu te le prends dans la gueule tu sais pas quoi répondre. C'est très fort.

Les gens qui te disent ça en fait ils ont un problème. Le truc c'est d'arriver à le leur faire comprendre. Moi perso j'ai jamais réussi.

L'utilisation de cette catégorisation ( le camp des gens qui font du politiquement correct) a clairement pour but de discréditer ta capacité a raisonner. La personne qui te le dit est persuadé d'une chose ( Par exemple les corses sont des paresseux). Cette chose est souvent une grosse idée préconçue et ainsi difficile à déconstruire. Si tu défends une idée contraire cela ne peux être le résultat d'un quelconque raisonnement puisque ton interlocuteur ne peut même pas envisager se tromper et n'imagine pas une seule seconde qu'un raisonnement sérieux puisse lui être opposé.

Ainsi il n'a pas besoin d'argumenter son propos, puisque qu'il s'agit d'un truc "évident" que tout un chacun peut observer lui même, (En Corse la poste est fermée l'après-midi, etc,etc...). Reste à comprendre pourquoi toi tu continues a penser différemment. C'est simple, c'est parce que tu mens. Tu dis ça pour être gentil vis à vis des Corses, tu as peur des mots. Tu ne veux pas voir la réalité en face. Ce qui est rigolo dans ces cas là c'est que justement la réalité n'est pas du tout en face.(le truc sur les Corses c'est juste pour l'exemple, faut pas se fâcher, je n'ai absolument rien contre les fainéants...)

Si tu ne veux pas admettre quelque chose malgré l'évidence c'est que tu as un problème. Tu fais de la sensiblerie là ou il faut au contraire faire preuve de "courage" intellectuel. Il est temps de dire enfin la vérité, assez de tournerie autour du pot.

C'est curieux comme la notion de virilité peut aussi être un comportement intellectuel. Il y a les gens qui ont peur des mots, et ceux qui n'ont pas peur. La nature de certains débats est présenté comme n'étant pas quelque chose faisant appel aux capacités analytique du cerveaux mais plus à la capacité érectile de ta bite et à la taille de tes couilles. (ceci dit tu peux être bien membré et réfléchir intelligemment, il n'y a pas de contre indications médicales.)

"Oui ce que je pense est une énormité ! Mais moi au moins monsieur la tapette j'assume. Parce que toi t'es qu'une fiotte qui n'ose même pas exprimer tout ce que tu ressens au fond de toi. Allez ! Soi sérieux. Avoue. Toi aussi, tu le penses que les Corses c'est des branleurs. N'ai pas peur, dis le !"

C'est ça qui me fout le plus les boules. Par l'accusation d'êtres uniquement dans une posture intellectuelle pour l'image (je ne dit pas ce que je pense parce que j'ai honte ou parce que moralement je ne peux pas le faire), on te fais comprendre que ça n'a pas de sens de discuter avec toi de tel ou tel sujet puisque de tout façon tu penses comme eux au fond de toi.

Ces gens là c'est des Kinders surprises. La tête est creuse et à l'intérieur y a une boite jaune qui s'ouvre en deux avec un mirliton à l'intérieur à monter soi même.

On fait passer ton opinion, résultat parfois d'une réflexion, d'un effort d'information et de la mise en pratique d'un certain esprit critique (mais j'ai de plus en plus l'impression qu'il ne faut pas se vanter de ces choses là , ça fait "intello gauchiste") pour une vulgaire posture morale. Du genre y a plus que les curés qui pensent comme ça. Aujourd'hui être moderne c'est récupérer toutes les vieilles idées à la con qui traînent au bar PMU du coin de la rue (T'as remarqués ? PMU est l'anagramme de UMP. Je sais c'est très con c'est pourquoi je l'écris en tout petit)C'est ainsi que certains, en exprimant des idées niveaux rase-mottes-pâquerettes, se retrouvent affublés du qualificatif de "courageux", "honnêtes" ou même "sincères". Tandis que toi tu fait juste du "misérabilisme". La justification de tels ou tels propos n'a plus lieu d'être, on dévie le débat sur l'opportunité de dire ce qu'on a dit. (voir toute l'affaire Sarko et le terme de racaille).

Que peux t il y avoir de courageux à défendre des idées qui ne sont que déjà trop largement répandues dans les têtes et qui ne nécessite aucun types d'argumentations particulières ? C'est toujours plus facile d'aller dans le sens des idées les plus connes, les mieux implantées que celles plus progressistes.

Le plus drôle dans tout ça c'est l'aspect totalement casse gueule de l'utilisation de l'invective du "politiquement correct".

Un bon exemple en ce moment me semble être l'affaire Halimi. A entendre certains, j'ai l'impression que le fait d'exprimer des réserves quant au caractère antisémite du crime relèverait du politiquement correct. Sous entendu on refuse d'admettre que certaines populations de banlieues, dont on dénonce le fait qu'elles sont souvent victimes de racisme, sont elles mêmes antisémites et ce à cause d'aprioris moraux. Parce qu'on les aurait trop « victimisée » on refuserai de voir en ces personnes autre chose que des "gentils". Soit. Mais dans l'autre sens certains pourrai rétorquer qu'en dénonçant le stéréotype du juif = argent, on fait aussi du politiquement correct. Et qu'en vérité tout le monde sait bien que les juif aiment l'argent et que personne ose le dire. (Attention ! Je précise pour ceux qui n'arrivent pas à suivre que je ne pense absolument pas que les juifs aiment plus l'argent que d'autre, ça devrait m'éviter pas mal de commentaires incongrus)

En gros la logique semble être : Les noirs et les arabes c'est de la racaille et vous osez pas l'admettre et le dire. Mais par contre z'avez pas intérêt à stéréotypiser ma propre communauté.

On est un peut dans l'impasse en ce moment tu trouves pas ?

14 Comments:

At mars 07, 2006 5:18 PM, Anonymous blop said...

ouais enfin tout ca c'est quand meme un peu sociologiquement correct, non ?


raaaah, je deconne !
merci pour cette chronique.
la prochaine fois que je baffe quelqu'un qui me sort un "gnagnagna correct" je le ferai non seulement avec plaisir mais, grace a toi, avec le sentiment de servir une noble cause.

ca soulage de lire des choses qu'on aurait aime ecrire.

 
At mars 07, 2006 6:52 PM, Anonymous Anonyme said...

Bonjour

Bien vu. On ne reprochera jamais à quelquu'n qui exprime une idée de droite d'être "politiquement correct". Cette expression est uniquement utilisée, dans les médias seulement hein (perso, je ne l'ai jamais entendue dans la vie de tous les jours), pour ridiculiser une idée de gauche, et, perversion sur le gâteau, faire mine de croire que l'on brise un tabou, un principe dominant, qui ne l'est plus depuis longtemps.

Exemples : être pour les services publics, pour un impôt progressif, etc., c'est être "politiquement correct", alors qu'en fait ces choses là ont disparu aujourd'hui (ou pour ce qu'il en reste...).

Au plaisir de vous lire

 
At mars 08, 2006 1:06 AM, Anonymous TristanC said...

"On est un peut dans l'impasse en ce moment tu trouves pas ?"

Certainement. Mais qu'est-ce que ça nous occupe !

 
At mars 08, 2006 9:40 AM, Anonymous Tienlebo said...

Excellent comme d'hab !
L'émission de la semaine dernière de l'esprit public sur France Culture avec un débat entre autres sur l'affaire Halimi était vraiment un monument de ce "moi je ne fais pas de politiquement correct et je dis des choses courageuses que personne n'ose dire"!

C'est pas en réaction à cette émission que t'es venu l'idée de cette chronique ?

 
At mars 08, 2006 10:17 AM, Anonymous Le Monolecte said...

L'affaire Halimi... j'ai eu les boules! J'ai cru pendant 3 secondes qu'il était arrivé quelque chose à Serge Halimi que je suis en train de lire presque dévotement.

Sinon, ne pas dire "con", mais "mal-comprenant"!
;-)

 
At mars 08, 2006 10:49 AM, Blogger el ryu said...

Non c'est plutôt riposte sur france 5 il y a dix jours. Mais en fait c'est tous les jours sur tous les sujets que tu l'entends ou que tu le lis.
J'aurai du préciser le prénom c'est vrai mais je savais pas l'écrire !!!

 
At mars 13, 2006 4:27 PM, Anonymous Didgy said...

Bonjour,
L'article de Wikipédia me file la nausée (chrétien national-républicaniste): dogmatique, infalsifiable, qui fait du PC un fourre-tout, une entité tentaculaire contrôlant tout (exercé par qui ,comment, avec quels moyens??). C'est un débat d'idée abstrait, un tantinet paranoïaque.
Il naturalise tout ce qui il pense comme invariant (rapport homme/femme par exemple), considère le rapport de Malek Boutih sur l'immigration "réaliste" (c'est moi qui emploie ce mot)....
Autre lien peut-être aussi partiel (mais d'un autre "bord", le bord des accusés d'être Politiquement Correct: Petite histoire du "politiquement correct" http://lmsi.net/rubrique.php3?id_rubrique=57)
L'article WP sera amélioré par ceux qui utilisent WP.

Merci quand même, tout le reste est bon et merci au rezo.

 
At mars 13, 2006 6:41 PM, Anonymous Anonyme said...

Parmi tout les arguments préfabriqués de la pensée estampillée "Bons sens bien de chez nous" Il y en a un autre qui merite d'être désigné : le "critisisme". Cela consiste à refuser la moindre tentative de lucidité sous prétexte qu'elle ne serait pas opératoire. Exemples :
"oui bien sûr, mais concrètement qu'est que tu proposes ?"
"ton analyse et juste, mais ce n'est que de la critique etc."

Prenons un gros lieu commun polique commun à la gauche et la droite (c'est pas ce qui manque) : la décentralisation. Chaque fois que les politiques font le constat (forcément navrant) du desintêret des français pour la politique, on te sort du chapeau la décentralisation : une sorte de potion magique pour faire de la politique plus prêt des "vrais gens" gna gna gna, action citoyenne etc. Je vous fais pas tout le couplet.

Si la dessus tu fais remarquer que depuis les premières lois en 1982 il ne semble pas que la décentralisation est fait quoi que se soit pour rabibocher les français et leurs institutions, il y a fort à parier que tu aura droit à un procès en "critisisme".


tu vois ce que je veux dire ?

 
At mars 13, 2006 9:30 PM, Blogger el ryu said...

Je vois ce que tu veux dire et j'ai bien l'intention d'aborder tout ces sujets un jour si j'ai le temps.

 
At mars 14, 2006 12:04 AM, Blogger KiriKou said...

A propos d'"intello gauchiste", un autre truc charmant est cette façon de coller une étiquette à chaque idée (vaguement, dans mon cas) exprimée : "ouah, t'es néo-stalinien tu dois lire plpl, j'ai déjà entendu ça on me la fait pas renseigne-toi avant de troller, tu pollues le débat". J'adore.

 
At mars 14, 2006 12:13 AM, Blogger KiriKou said...

Ha, et puis une remarque sur l'affaire halimi : il est sûr que l'antisémitisme existe qussi chez certaines "racailles". Mais on semble se focaliser sur cette population, qui n'est pas forcément plus antisémite que d'autres (et j'ai tendance à penser qu'elle est plutôt indifférente aux juifs, trop occupée qu'elle est à insulter la police) pour faire oublier que les plus antisémites sont électeurs du Front et qu'ils étaient aux deuxième tour, et que l'antisémitisme est une vieille tradition française. Si la racaille vire antisémite, je me demande s'il faut y voir un signe d'intégration. Gnârk.

 
At mars 14, 2006 7:28 AM, Blogger el ryu said...

bien vu kirikou, aux dernières élections présidentielles les médias on bien insisté sur le fait que beaucoup d'ouvriers avaient voté pour le front genre c'est de leur faute. En fait toutes les catégories sociales étaient représentée de la même manière. Le % d'ouvriers était le plus important parce qu'ils représentent aussi la part la plus importante des catégories sociaux profesionnelles (25%), ce que beaucoup de journaleux ont oubliés.

 
At mars 14, 2006 10:54 PM, Anonymous louis said...

Le front national était effectivement au deuxieme tour, mais sans que le nombre de voix pour ce parti ai augmenté par rapport aux présidentielles précédentes. CQFD.

 
At avril 01, 2006 1:39 PM, Anonymous stanic said...

" Comparaison n'est pas raison", ça c'est la dernière expression ayant pour but de disqualifier une argumentation sans autre forme de procès. Elle veut à peu près rien dire mais/donc, est de plus en plus utilisée sur la scène médiatique. Très efficace, je lui prédis un succès grandissant dans les mois qui viennent. A suivre...

 

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